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Le musée

Historique du musée

Le 2 mars 1989 à 17 heures, l'ultime fil de viscose sortait des métiers de l'usine de Grenoble. C'était la dernière filature de soie artificielle, dans la région Rhône-Alpes qui fut le berceau de cette invention à la fin du dix-neuvième siècle.
Une association d'anciens ouvriers eut alors la volonté et la force de ne pas laisser démolir et disparaître tout ce savoir-faire industriel et technique, mais aussi, tout ce patrimoine qui composait leur Histoire.

Ainsi en 1992, parallèlement à la destruction des bâtiments industriels, on inaugurait le Musée de la Viscose, témoin et garant d'une histoire ouvrière.
Situé sur le site industriel, entre les terrains de l'ancienne usine et la cité qui abritait les ouvriers, le musée retrace l'histoire de soixante ans de viscose.

Animé à son ouverture par l'association des anciens viscosiers, le musée de la Viscose est devenu en 1999, un équipement municipal géré par la ville d'Echirolles. Depuis le 1er janvier 2005, il a intégré le réseau des musées départementaux avec un nouveau projet orienté vers la conservation et la valorisation de la mémoire ouvrière.

La Société Nationale de la Viscose (1927-1989)

La Société Nationale de la Viscose fabrique de la soie artificielle. Depuis la fin du XVIIème siècle l’homme cherchait à imiter le prodigieux travail du ver à soie car la finesse, la brillance, la douceur et la solidité du fil de soie ont toujours fait rêver. Mais l’industrialisation de la soie artificielle commence véritablement en 1891 à Besançon où dans sa ville natale, le comte Hilaire de Chardonnet, inventeur du procédé, fait construire la première usine au monde. Très vite la fabrication de cette nouvelle soie se développe et annonce le début d’une polémique avec les soyeux lyonnais qui ne voient pas d’un très bon œil l’arrivée de ce nouveau fil sur le marché et apprécient encore moins l’association des mots "soie" et "artificielle". Ils lancent alors vers 1920 une campagne publicitaire vantant les qualités de la soie naturelle.

La naissance de l’usine de Grenoble

 

En 1925, la famille lyonnaise Gillet se trouve à la tête d'un énorme empire industriel lié au textile et à la chimie. Enemond Bizot, le gendre d’Edmond Gillet, s’associe alors à son petit cousin Lucien Chatin pour fonder la Société Nationale de la Viscose et faire construire une usine à Grenoble. Enemond Bizot est un jeune polytechnicien qui avant son mariage avait travaillé à la Soie de Décines. En pleine campagne, à proximité du Drac, sur les communes de Grenoble et Echirolles, ils achètent un domaine de 120 hectares pour construire une usine de 13 hectares et deux cités ouvrières. Ils choisissent ce site afin de bénéficier du potentiel énergétique de la région comme l’hydroélectricité et le charbon du bassin minier de La Mure. Ils peuvent également relier l’usine au complexe industriel du quartier Berriat par voie ferrée. Les bâtiments industriels sont construits sur la commune de Grenoble.

 

La construction de la Société Nationale de la Viscose est un événement incontestable dans l’agglomération grenobloise. « A quelques dizaines de mètres de l’avenue de Pont-de-Claix, à la hauteur du Rondeau, les usines de la Viscose, en construction, élèvent leurs murs cyclopéens, leurs coupoles babyloniennes et leurs cheminées géantes. » C’est en ces termes que débute l’article d’un journaliste du Petit Dauphinois le 26 décembre 1926. Il écrit ensuite : « Tout un peuple d’ouvriers et d’ingénieurs déploiera dans cette usine des trésors d’habileté technique et d’activité, tout cela pour arriver à fabriquer des bas arachnéens, des sous-vêtements aériens, des robes que l’on fait passer aisément par l’ouverture d’une bague, pour doter enfin la coquetterie féminine d’armes nouvelles et à bon marché. »

 

Des hommes de tous les pays arrivent pour construire l'usine. Beaucoup restent ensuite pour y travailler. La direction fait notamment venir de Hongrie une main-d’œuvre déjà formée aux métiers de la viscose car vingt ans auparavant, en 1904, le comte Hilaire de Chardonnet avait fait construire à Sàrvàr, une usine de soie artificielle. Les hongrois constituent donc une part importante de la main d’œuvre qui démarre l’usine.

Pour loger son personnel, la direction créée 570 logements répartis dans trois foyers aux abords de l’usine et dans deux cités ouvrières : la cité Beauvert à Grenoble réservée à la maîtrise et la cité jardin de la Viscose à Echirolles pour les ouvriers. La cité jardin est construite à l’ombre de la cheminée de l’usine, sur un rectangle dans le prolongement des bâtiments industriels et des terrains réservés aux sports. Elle recense soixante-cinq maisons de deux étages comprenant chacune de quatre à seize logements disposées autour d'une place avec de larges voies de circulation et non loin un étang. En plus des logements, on construit des lavoirs, une chapelle, des commerces et une école. A l’extrémité de la cité, une ancienne maison de maître, la maison Vernet abrite la famille du directeur.

Le fonctionnement de l’usine

 

Le 7 mai 1927, le premier fil de rayonne est produit. Hongrois, polonais, italiens, arméniens, russes, autrichiens, marocains… tous fabriquent le fil de soie artificielle à partir de feuilles de pâte de bois. Un travail pénible, dans les acides, la chaleur, l'humidité et l'odeur « d’œuf pourri » due à l’hydrogène sulfuré. Au démarrage de l’usine, 1397 employés produisent 150 tonnes de fil par mois. En avril 1942, l’effectif culmine à 2200 personnes. L’entreprise est prospère jusque dans les années 50 où plus de mille ouvriers se relayent nuit et jour pour assurer une production mensuelle d’environ 500 tonnes de fil. Le fil de rayonne produit est ensuite tissé dans d’autres ateliers ou usines de la région. Les principaux clients sont les établissements Valisère de Grenoble et surtout les usines de bonneterie de Troyes. Le fil Citiba destiné à la confection des bas est également fabriqué à Grenoble. On utilise la viscose dans le prêt-à-porter, la lingerie, l’ameublement et même les pneumatiques.

 

Dans les cités ouvrières la vie « en dehors » de l’usine s’organise. Outre les logements, la direction gère un service médico-social, une mutuelle, un club de sport, une société d’entraide et un centre d’apprentissage. Avec la création du comité social en 1942, ces œuvres sont complétées par une association de jardins ouvriers, une garderie dans chacune des deux cités ouvrières pour les enfants du personnel et une école ménagère pour les jeunes filles. En 1947, l’usine achète une propriété à Saint-Barthélémy-du-Guâ pour en faire une colonie de vacances qui accueillira les enfants du personnel dès l’été 1954.

 

L’usine a aussi connu des périodes difficiles, voire tragiques au travers des luttes sociales et de la seconde guerre mondiale.

En juin 1936, les ouvriers occupent l’usine pendant six jours. Cette fête ouvrière donne naissance au syndicat de la Confédération Général du Travail de la Viscose qui reste ensuite majoritaire pendant plus de quarante ans. Ces grèves ont laissé de bons souvenirs dans le personnel ouvrier. On en parle comme d'une grève bon enfant, sans violence où l'on chantait plus facilement les chansons à la mode que les slogans syndicaux.

Puis vient la seconde guerre mondiale et l'occupation allemande. L'usine continue néanmoins à fonctionner et la résistance s’organise avec la complicité du directeur, monsieur Pierre Fries. Pendant cette période les effectifs fluctuent pour diverses raisons : pénurie de main d’œuvre, arrivée ou départ de réfugiés, ralentissement de la production faute de matières premières, prélèvement de main d’œuvre par les allemands… Néanmoins, tant pour les besoins de la production que pour protéger des centaines de jeunes du Service du Travail Obligatoire en Allemagne, en 1943 l’effectif est d’environ 1600 personnes. Le 11 novembre 1943 plusieurs membres du personnel sont arrêtés et déportés. Quarante et un ouvriers ont disparu lors de ce long et douloureux conflit.

En mars 1952, alors que les premiers effets de la crise du textile artificiel se font sentir, une nouvelle grève éclate. 850 salariés sur les 1300 qui composent alors l’effectif cessent le travail et occupent l’usine. Les revendications portent sur les salaires et les conditions de travail. Les négociations stagnent et la direction doit mettre en congés payés une partie du personnel non-gréviste dont les ateliers sont arrêtés. La production est stoppée et la viscose se fige dans les machines et les canalisations. Des bagarres éclatent entre grévistes et non-grévistes. Après vingt-neuf jours de grève, les C.R.S. procèdent à une évacuation violente des locaux. On compte dix-sept arrestations et plusieurs travailleurs étrangers expulsés.

Au printemps 1968, l’atmosphère est pesante mais les grèves se déroulent dans la concertation. L’usine est arrêtée suivant le processus habituel c’est-à-dire de façon progressive afin de pouvoir ensuite redémarrer sans encombre.

Le déclin et la fermeture

 

A partir de 1950, l’apparition des textiles synthétiques sur le marché provoque le déclin de la soie artificielle. En 1951, la Société Nationale de la Viscose est intégrée dans la société de la Viscose Française et dès 1952, un plan de modernisation de l’usine est lancé. Néanmoins en 1959, l’usine est absorbée comme tous les producteurs français de rayonne par la Compagnie industrielle des Textiles Artificiels et synthétiques (CTA). Le CTA regroupe alors dix-huit usines en France. Puis en 1971, le CTA fusionne avec Rhodia pour former Rhône-Poulenc Textile. A cette date, il reste six usines en France : Arques la bataille, Gauchy, Vaulx-en-Velin, Albi, Givet et Grenoble. Dix ans après, le groupe Rhône-Poulenc Textile crée Cellatex, une société anonyme qui regroupe les deux dernières filatures, Grenoble et Givet. En 1988, Grenoble compte pour 80 % du déficit global de Cellatex. L’usine de Givet sera donc seule à poursuivre la fabrication du fameux fil de soie artificielle alors qu’à Grenoble, l’ultime fil de viscose sort des métiers le 2 mars 1989 à 17 heures.

Dans le même temps, on met en place un plan social qui concerne 362 personnes. Il y aura 130 mutations sur d’autres sites Rhône-Poulenc en France dont les usines de Pont de Claix et Champagnier, 130 départs en préretraite, 30 reconversions, 12 candidats à la création d'entreprises et 60 départs volontaires.

Quant à la démolition de l’usine, elle s’effectue en trois temps. De mars à août 1989, on procède à la mise en sécurité du site en évacuant les produits chimiques et en dépolluant afin d’éviter tout accident pendant la destruction des bâtiments. Puis jusqu’en avril 1990, on démonte les machines. Plusieurs d’entre elles partent pour l’usine de Givet. Commence alors la démolition de tous les bâtiments et le 13 février 1991, la grande cheminée tombe sous la force de 14 kilos d’explosifs. En juin 1991 tout est terminé, le site est nettoyé et dépollué.

 

Rhône-Poulenc a vendu les terrains sur lesquels se trouvaient les bâtiments industriels à la Société d’Aménagement Grenoble Espace Sud (SAGES) qui les a transformés en parc industriel Techni-Sud.

Les terrains qui étaient réservés aux sports abritent le musée de la Viscose, le gymnase Navis, le terrain de football et des jeux de boules. Les cités ouvrières ont été réhabilitées. Certaines maisons de la cité Beauvert ont été cédées à des particuliers. La cité jardin a quant à elle été rénovée par l’Office public d’aménagement et de construction de l’Isère (OPAC 38). Elle abrite encore beaucoup de familles d’anciens ouvriers.

 

Tout le quartier Viscose fait aujourd’hui l’objet d’une étude d’urbanisme.

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